5ème volet de notre série de l'été: le mythe Saint-Tropez...

Publié le par pleindactu

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Retrouvez pendant les vacances la série de l'été, le mythe Saint-Tropez, avec Emma, notre envoyée spéciale sur place...Aujourd’hui, visite du village de Port-Grimaud, et rencontre avec l’un de ses habitants, Claude Graf, architecte naval et poète à ses heures.

Port-Grimaud vu du ciel

Pedro, si tu pouvais être amarré devant chez moi tu m’emmenerais naviguer tous les jours sur la Méditerranée…
Avoir le voilier Pedro amarré pile devant ma maison est un rêve devenu réalité car il existe, au fond du

golfe de Saint–Tropez, un village sur la mer d'une beauté sans nom, pensé et réalisé pour « donner un bateau à votre maison ».
 
Dessiné et créé par l’architecte François Spoerry dans les années 60, Port-Grimaud est un village lacustre destiné aux amoureux de la navigation, composé de maisons de pêcheurs auxquelles on peut accéder soit par la terre, soit par la mer.
 
J’ai rencontré Claude Graf, ami de François Spoerry et architecte naval, pour me parler de cette cité unique, située à 6 km de Saint-Tropez.
 
Claude Graf se trouve dans son atelier, un passage couvert entre la rue et un large quai où de grands voiliers sont amarrés les uns contre les autres. Il est affairé à réparer un bout dont le cordage s’effiloche. Il tape à grands coups de marteau sur un piquet planté dans le cordage, travaillant sur un établi bien solide qui en a vu d’autres.
 
Il m’aperçoit et me salue dans le bruit des chocs du martèlement. J’attends qu’il finisse de réparer son cordage avant d’entamer une vraie conversation. Nous entrons dans son salon où des peintures modernes de styles très différents ornent les murs et où des objets insolites venus de tous les horizons du globe sont posés à coté de livres d’art. La douce lumière du soleil entre par la porte-fenêtre qui donne sur le quai.
 
Claude Graf participa à la naissance de Port-Grimaud et accompagna François Spoerry dans son projet titanesque. Quand François Spoerry lui présenta son projet en 1961, sa réaction immédiate fut de se précipiter sur le lieu choisi pour la construction: une zone marécageuse de 35 hectares au fond de la baie. Le lendemain, il mouilla son voilier au large de ce marais dans le golfe de Saint-Tropez pour suivre les travaux. 

François Spoerry dessina de nombreux plans s’inspirant des cités lacustres d’Europe,
les travaux de forages commencèrent et des grues creusèrent les canaux. Le large chantier faisait beaucoup parler de lui et attira l’attention de nombreuses personnalités du monde entier, qui achetèrent des maisons sur plan, avant même que les travaux ne soient terminés !
 
« - Comment expliquez-vous, Monsieur Graf, que Port-Grimaud, qui n’a que 40 ans d’existence, ait l’air d’avoir toujours existé ? », «- C’est parce qu’à l’époque, j’ai dit à François de ne pas se laisser influencer par la tendance dans le bâtiment qui était de construire des blocs et des tours en béton comme les vilains immeubles à Sainte-Maxime, et de garder le style des villages méditerranéens pour se marier à l’environnement et se fondre dans la nature. Nous avons dû batailler contre les promoteurs immobiliers qui voulaient construire des blocs d’habitations modernes, car à l’époque il était impossible de bâtir autre chose». Je me remémore une bribe de conversation entendue à une terrasse de café sur la place du Marché, entre une résidente de la cité et une autre dame, qui lui faisait remarquer que toute la Méditerranée est présente dans l’architecture des maisons de Port-Grimaud.
 
« - En 40 ans, Port-Grimaud a-t-il beaucoup changé? » «- Oh vous savez mes parents ne comprenaient pas pourquoi les jeunes de ma génération aimions le jazz, ils me disaient que j’écoutais de « la musique de nègre », et ils étaient scandalisés de nous voir danser et écouter du jazz plein les oreilles, eux ils écoutaient des opérettes. Aujourd’hui les jeunes écoutent de la musique électronique, c’est plus pareil. Alors aujourd’hui moi je me trouve un peu dépassé comme l’étaient mes parents il y a 50 ans, aujourd’hui, en ce début de XXI ème siècle beaucoup de choses ont changé, on ne peut plus vraiment faire la fête dans cette cité de vacances, il y a des restrictions d’imposées et des réglementations que je ne comprends pas, qui me dépassent, je ne suis plus vraiment dans le coup ». Claude Graf se dit « plus vraiment dans le coup » mais son graphisme est omniprésent dans les canaux. Il est en effet l’architecte des coches d’eaux, ces jolies baraques massives au toit bleu et vert qui promènent les visiteurs dans la cité, et des Chébecs, une série de magnifiques navires à l’esprit mauresque dessinés pour conquérir les rivages méditerranéens.
 
Avant de nous quitter, Claude me passe une collection de livres à lire sur l’histoire de Port-Grimaud et me demande de revenir, ce qui nous laisse présager un futur entretien, sur sa vie d’architecte naval, ou son œuvre d’artiste peintre ou sur cette époque où le jazz faisait swinger toutes les soirées de la Riviera…


Le Taos Bret, Chébec dessiné par Claude Graf en 1979

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